La corruption est mot qui fait soit frémir ou sourire, cela va de soi. Les opinions divergent quant à la gravité de la situation à Maurice. Je comprends fort bien qu’un investisseur étranger ayant le désir de s’installer dans l’ile-paradis sourcille parfois devant les exposés verbaux des habitués de cette pratique. Hier encore, je recevais un email d’une cliente française qui me demandait s’il était nécessaire de faire ‘une contribution’ pour faire accélérer ses dossiers. Une chose est claire : la corruption n’est pas tabou à Maurice…
Il existe deux types de corruption ; la traditionnelle et l’institutionnelle. La culture de la corruption est belle et bien présente sous le soleil – aussi bien établie qu’elle a même un nom mauricien : ‘ti dité’ ou pour mieux comprendre « petit thé ». On utilise se terme pour offrir ou demander cette contribution ‘social’ qui a le mérite de faire avancer beaucoup de choses. Souvent elle est si facilement acceptée qu’elle est offerte sans demande ni nécessité, d’où le terme ‘corruption traditionnelle’. Mon blog n’étant pas un plateforme d’opinion mais plutôt celui de faits, je vais vous exposer quelques exemples concrets de cette forme de corruption qui ne va vraisemblablement pas disparaître assez de sitôt. Je risque ici quelques égratignures, mais quand il faut y aller, il faut y aller.
Le palais de la corruption traditionnelle se trouve aux centres d’inspection automobiles gérés par l’Etat. Une voiture de plus de 11 ans se doit de se faire examiner pour confirmer son aptitude à circuler sur les routes. Or, ça fait des lurettes que les propriétaires des voitures glissent systématiquement Rs100 dans les papiers qu’ils doivent remettre aux inspecteurs. Cette pratique est devenue si courante que même les voitures en état irréprochable en font l’objet. Les inspecteurs ont eux-mêmes développés un réflexe étonnant car ils arrivent à saisir cette ‘contribution’ glissée entre les pages des documents à l’aveuglette et dans un tour de passe-passe, la jeter dans leurs tiroirs. Même le service anti-corruption n’a pu mettre au grand jour cette procédure parallèle qui se fait à l’arrière de la caisse officielle. Celui qui ne glisse pas sa part ne se sent pas à l’aise et a un sentiment de dette envers le ‘pauvre’ inspecteur. Cette corruption au lieu d’être perçue comme un délit, semble avoir la sympathie de tout le monde. On se sentirait coupable si on l’évitait.
La corruption institutionnelle est à presque tous les niveaux. A commencer par ceux qui aspirent une place dans le parlement Mauricien. Les campagnes électorales sont des exemples flagrants de corruption, bien acceptés cependant, par toute la nation Mauriciens. En sus de l’argent, du carburant pour les voitures, les classiques promesses d’emploi dans le secteur paraétatique, on offre également des grille-pains, des cocottes-minute (eh oui, la vie évolue). L’aspirant ministre devient tout à coup Père Noël hors saison ! Bon, il me semble ici que les campagnes électorales sont les mêmes partout, donc allons dire que l’on est semblable à vous... peut-être, je sais que Sarko est distributeur officiel de Karcher :o)
Pour faire avancer une demande de permis, on arrive souvent (très souvent même) à glisser quelques billets sous la table du fonctionnaire. Tiens, pour avoir un étal dans une foire, certaines personnes ont payé des prix forts… et le maire de la ville en question a été pris flagrant délit et il a goutté aux plaisirs de la cellule policière.
L’île Maurice a même une institution qui traque la corruption : l’ICAC. Intéressant de savoir que l’ancienne institution (l’ECO) fut dissolue par l’ancien régime parce qu’un de ses ministres était sur le point de se faire prendre. Donc, pour être certain de la crédibilité de l’ICAC, il faut attendre qu’un ministre soit dans leur filet…. En attendant, soyez certain de comprendre le mot ‘ti dité’… il vous sera utile si vous vous faites prendre sur l’autoroute voguant à plus de 90 KmH, la vitesse maxi autorisée dans le pays.
je suis moi même mauricienne et je peux dire que vous ne machez pas vos mots, j'en ai beaucoup ri, j'espère que la suite est aussi croustillante
--Je l'ai également constaté.
---Tu as eu un énorme courage pour le transcrire sur un blog.
petite visite.